Emmanuel Bing u  Artiste

En bref

Expositions

Influences

Projets et orientations

Bing par Guilaine Depis

Portrait de l'artiste en homme d'âge mûr

Né à Paris en 1959. Dans une famille d'artistes, de peintres, d'écrivains, un entourage de gens de théâtre, de musiciens, de peintres et d'écrivains, graveurs et sculpteurs.

Très tôt engagé dans l'art, l'écriture et la littérature, Emmanuel Bing est également un passeur d'art et d'écriture. Ayant exercé des métiers divers, parfois très techniques, parfois très créatifs, ce qui compte pour lui est toujours de parvenir à matérialiser du nouveau dans le Réel. C'est en cela qu'il confère à l'art une tonalité sacrée, c'est à dire séparée du profane sans être pour autant mystique. Ni dieu, ni maître, ni anarchie, mais un parcours qui s'organise d'une pensée complexe, à la recherche tout à la fois du mystère, des profondeurs, de l'éros, de l'esthétique, d'une expression poétique et philosophique par toutes les formes d'art dont il peut s'emparer, et les diverses techniques à sa disposition. Il vit et travaille aujourd’hui à Paris et en Seine-et-Marne.

Montrer son travail

 

• 2020 • La fenêtre – Installation, Galerie l'Écu de France. Viroflay. Mars à juin 2020.

• 2017 • Les Rois d’Or et la Tisserande (avec Sophie Bloch) – Installations, sur 300 m2, peinture, dessin, sculptures, musique, vidéo, architectures, photographies, textes, Melun, 77.

• 2014 • De peau et d’ombre – Photographies, Paris 15e

• 2013 • Territoires – Photographies, Paris 15e

• Salon des Arts Plastiques de Melun, 77

• 2012 • Salon d’Automne, Paris, Champs Élysées.

• Biennale des photographes du 15e. Paris

• Salon des peintres du 15e, Paris

• Les Hivernales, installation avec Sophie Bloch, Stationnaire de nids au dessus du temple, projet Labyrinthe. Montreuil, 93

• 2010 • Tressages/Traces – Exposition Labytrinthe II, GMAC Bastille. Projet Labyrinthe avec Sophie Bloch

• 2009 • Espaces, Exposition privée, Paris 15e.

• Exposition à la librairie La Terrasse de Gutenberg, à l’occasion de la sortie du livre, Le manuscrit de la mère morte, éditions Maurice Nadeau.

• 2008 • Silhouettes sorties de l’ombre. Centre Brancion, Paris 15e. Exposition commune avec Sophie Bloch.

• 2ème Prix, peinture, au Salon des Artistes Peintres et Sculpteurs du 15e

• 2007 • Portes obscures et murs blancs, Paris 15e

• 2006 • 23e salon des artistes peintres et sculpteurs du 15e

• Anges & démons, Galerie les ailes du temps, Paris 15e

• À l'infini, rue Bréguet, Paris 11e

• 2005 • Exposition collective au Plessis feu Aussous, 77

• Alchimies, Palais de la Culture de Puteaux, 92

• 2004 • Salon de printemps de Coulommiers, 77

• Exposition au siège d'Air France, à ROISSY

• Au delà des apparences. Le Vésinet, 78

• 2003 • La série japonaise, passage Albert 1er, Paris 17e

• Dans l’ombre de la forêt, rue Boutebrie, Paris 6e.

• Traversées, Ombres de Venise et des villes d’or, Vanités. Rétrospective. Paris 15e

• 2002 • D’air & de feu, rue Bréguet. Paris 11e

• Salon de Printemps, Coulommiers, 77

• Têtes de terre et de sable, Exposition rue Saint-Charles, Paris 14e

• 2001 • Domaine du rêve, Centre des Arts Vivants, 2 rue Bréguet. Paris 11e

• Domaine du sacré, Galerie Jardin, Paris 14e.

• 2000 • Salon de Printemps à Coulommiers, 77

• Arbres, paysages & visages, rue Bréguet, Paris 11e

• 1997 • Exposition collective au Plessis-feu-Aussous

• 1996 • Exposition collective au Plessis-feu-Aussous • Exposition collective à Rozay en Brie.

• 1995 • Le Compositeur. Exposition personnelle, allée Darius Milhaud, Paris 19e.

• 1990 à 1995 • Peinture à l’huile, élaboration d’un travail structural, sous-jacent au discours pictural, permettant à la fois le repérage des lignes dites et des lignes induites, des fuites et perspectives, des traverses de sens qui unissent et séparent conscience, réel, spirituel, désir et terre.

• Expositions : Rozay-en-Brie, Le Plessis-feu-Aussous, 77

• 1985 à 1990 • Peinture à l’huile sur toile. Une technique très affirmée au couteau, des recherches dans de nombreux secteurs. Travail en à-plat et cernes. • Exposition à Voinsles, salle communale, en Seine-et-Marne.

• 1980 à 1985 • Recherches sur les encres. Une série d’œuvres denses nommée Les séminaires. Séries d’autoportraits, comme si l’autoportrait devait devenir une signature.

• 1976 à 1980 • Paris. Peinture à la craie, encres. Dessin d’après modèle et dessins d’imagination dans divers ateliers.

• 1974 à 1976 • Nombreuses techniques, encres, lavis, aquarelles, plumes d’oie, plumes diverses.

• 1973 • Premières œuvres sur bois, huiles et gouaches. Période abstraite. Travail à partir d’outils créés par l’artiste, règles et grattoirs.

 

Dans l'œil

Dans un entourage d'artistes et de peintres j'eus très vite, dans l'enfance, accès à des ouvrages de reproductions de peinture, Bosch, Grünewald, Renoir, Dürer, Picasso, Fernand Léger, Dali, Max Ernst, Giaccometti, Masson, Bacon, Blake et de nombreux autres. Je restai très attaché à Bosch, Doré, Dürer, aux eaux fortes de Goya, à Modigliani dont je reproduisais les toiles, à Victor Hugo dont j'aimais les encres — le musée de la place des Vosges était un lieu magique que ma grand-mère m'emmenait visiter — plus tard je fus fasciné par Bellmer, puis bien sûr Balthus et Klossowski, malgré une certaine gaucherie et raideur communes. Un des livres qui me fut offert dans mon enfance était un ouvrage sur Paul Klee, sur lequel je pus construire quelque chose d'une compréhension de la peinture, de son mystère et de sa profondeur, et mon désir de peindre. Il y avait autour de nous Jacques Le Scanff, qui illustrait les livres que ma mère écrivait pour les enfants, et dont la peinture plate, ocre, stylisée, un peu terne et pâle, m'enseigna beaucoup ; il y avait également Henri Déchanet dont les encres eurent pour moi une influence très importante, peut-être à cause de leur liberté et de leur simplicité ; enfin Jean Neuberth, qui était un être délicat et adorable (c'est lui qui m'apprit à tenir en équilibre sur un vélo), un peintre de l'abstraction lyrique qui m'enseigna beaucoup en quelques phrases.

Et puis il y eut un peintre dont nous avions quelques toiles et dessins à la maison, Jamil Hamoudi, précurseur de la peinture moderne et contemporaine en Irak, dont j'appréciais les compositions sans toutefois pouvoir tout à fait y accéder : il introduisait l'écriture arabe dans l'art pictural, écriture et langue qui me restèrent toujours étrangères. J'appris plus tard que cet homme ayant été l'amant de ma mère, était mon père biologique. Dans mon adolescence, au cours d'une courte période de vacance que je passai chez lui, il m'enseigna la peinture au couteau, qui est restée ma technique de prédilection. Bien que mes relations avec lui aient été lointaines et chaotiques, je lui dois sans doute deux ou trois choses concernant l'art, et surtout cette parole, alors que je faisais une réflexion sur une reproduction en noir et blanc de la toile d'un de ses amis peintre, supposant les tonalités qu'elle avait, "tu es peintre" avait-il dit, et par cette validation mettait définitivement un terme à une interrogation muette, alors qu'il m'avait installé pour peindre depuis deux semaines avec lui, dans son atelier, et qu'il interrogeait mon travail, le soutenait et me donnait des conseils et des explications sur les médiums, les mélanges, la térébenthine, et la façon dont il faisait "vibrer" les couleurs dans ses toiles.

Plus tard je fréquentai l'atelier de Max-Henri de Larminat, où je dessinai beaucoup et profitai de modèles nus, et d'une certaine proximité avec le personnage, qui se délita par la suite. Ce que je retiens de lui fut cette parole, alors que je me trouvai démuni devant le dessin de l'oreille du modèle et lui indiquai que je ne savais pas la dessiner, il laissa tomber ce mot, simple et efficace :  " regarde ! " ... C'est ce que je fis. Il suffisait de regarder, et non pas de compter sur un savoir antérieur. Regarder, et voir. Simplement. Au présent.

 

Quelques autres peintres eurent sur moi un impact important, qui permirent de faire évoluer ma peinture. Ainsi Henri Michaux — dont je connaissais l'œuvre poétique, mais pas les encres, qui me frappèrent lorsque je les vis dans une petite galerie de la rue de Seine ; ne pouvant m'en offrir une, je n'avais pas vingt ans, je décidai d'en produire moi-même de semblables. De la même façon cette autre rencontre avec une œuvre que je ne connaissais que par la caricature. Un jour je suis entré, ce devait être en 1979, rue des Beaux-Arts, dans la Galerie Claude Bernard. Il y avait une exposition de magnifiques aquarelles, lavis et encres de David Levine. J’étais fasciné par quelque chose que je ne pouvais m’expliquer, et qui avait trait à la justesse du trait alors que manifestement il était naturel, non pensé, non préparé. Et puis j’ai eu accès à l’explication. Levine disait que ce sur quoi il comptait, c’était l’accident. Le petit truc qui rate, l’erreur dans la réalisation, une tache, une coulure, un truc qui déborde. Et que c’était cela qu’il utilisait. C’était l’accident qui rendait sa peinture si juste. J’ai beaucoup appris ce jour-là. L’erreur c’est aussi une ressource.

 

Dès mon adolescence j'ai voulu me défaire de la question des influences. Il s'agissait, dans les discussions que nous avions, avec les gens de mon âge qui nous destinions à des carrières artistiques, poétiques et fulminantes, d'être soi-même, et de ne pas se lancer dans un mouvement quelconque, ne pas être un suiveur. L'influence pour moi se limitait à la copie, forcément ratée, forcément sans valeur par rapport à l'original. Aujourd'hui je sais que certains peintres ont eu, et ont encore sur moi une très grande influence ; elle se trouve non pas tant dans les techniques et secrets de fabrication des œuvres que dans la liberté qu'elles transmettent, dessinant dans la contreforme la position subjective particulière de leurs auteurs. Dans une œuvre d'art il y a toujours cette transmission de la liberté, et c'est peut-être ce qui lui donne son caractère sacré, précieux, unique.

 

EB

Une œuvre en cours

Il n’y a pas de réelle séparation entre les différentes formes d’art de que je pratique. Chacune s’intègre à l’autre, aux autres. La multiplicité des techniques est un épiphénomène, ce qui compte reste ce qui se dit à travers les œuvres, protéiformes et complexes, ou simples et modales. Pour moi, il n’y a pas de vie sans écriture, sans une chandelle posée sur ma table, la nuit, dans le grand vaisseau de pierre que j’habite et qui traverse le temps, au fil de la pensée, de la couleur, de la peau de mes modèles ou de l’odeur de la térébenthine de Venise. Tout cela sert à dire quelque secret sans doute, qui se livre dans la tragédie des profondeurs : je ne le sais qu’à l’écrire, le peindre, le vivre. Le travail est en cours, infiniment, indéfiniment.

Je vis toujours dans ce qu’autrefois un poète suisse appelait ma « nuit de feuilles », avec la « rage » dont m’avait caractérisé un éditeur typographe, avec l’appréhension fragile du sensible, de l’éthique comme esthétique, la condition de l’être et du devenir, dans les entrelacs infinis de la littérature.

Engagé dans la création artistique sous toutes ses formes, les peintures et les encres tournent autour des thématiques du sacré, du désir et de l’éros, de la mémoire... Les livres, pièces de théâtre, chansons, poésies, vidéos, photographies et installations se construisent sur les modes d’architecture du gothique et du baroque.

Emmanuel Bing par Guilaine Depis

Un poème holistique du vivant

« La vie est une création, le sait-on à dix-sept ans ? On le sait, oui, l’on voudrait vivre infiniment son propre poème. » .

Pari réussi : véritables constellations de mots, d’images, de sons, toutes les expressions artistiques auxquelles s’est adonné Emmanuel Bing sont reliées entre elles par le fil conducteur de la poésie, c’est à dire de la force d’émouvoir à partir d’un rien riche de sens, soigneusement choisi et agencé avec d’autres idiomes éveillant la fibre sensible.

L’argumentation polyphonique de Bing ose tout, s’essayant à inventer des partitions nouvelles dans tous les registres : dessin, photographie, vidéo, sculptures, musique, poésie : nous sommes en présence d’une sorte de laboratoire dédié au prochain.

 

S’engouffrer dans l’infini

Aux abords d’une œuvre si vaste et supérieure qu’on hésite à la pénétrer, la célèbre phrase de Socrate « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien »  éclate de sens et nous renvoie au caractère éphémère, aussi nécessairement imparfait que bouleversant de nos vies.

 

Croiser le chemin d’Emmanuel Bing, c’est d’abord l’humilité de prendre conscience de son ignorance. Comme l’on peut craindre de séduire une femme trop belle qui nous réclamera trop d’attention et qui s’échappera tôt ou tard, il est possible d’éprouver des réticences avant de se laisser aspirer par l’abîme vertigineux de la galaxie binguienne. Il s’agit donc d’étreindre l’insaisissable du vivant et de toucher à l’essentiel du monde.

 

Effleurer une âme

Approcher l’œuvre d’Emmanuel Bing, c’est effleurer son âme au moyen de toutes les formes d’expression possibles : notre surdoué, assurément en avance sur l’espèce humaine, a surtout eu le génie de la précéder, de la toiser très en amont afin de mieux la cerner dans son essence sacrée.

Une magie d’ordre quasi druidique nous enveloppe, nous réchauffe et nous envoûte ; comme dans un cocon solaire, nous pouvons alors éclore à l’Être.

 

Mettre l’art en mouvement

Bing cherche à sortir l’art des ghettos dans lesquels il a longtemps été cloisonné, les aristocraties de toutes sortes s’étant emparé de ce trésor au si puissant ressort, authentique levier de toute une communauté affamée de sens et assoiffée de beauté. Se déploie chez lui un flux créatif afin que chacun s’implique dans son propre désir. Nous sommes entre univers psychique, littérature et installations plasticiennes. Toute création est dirigée vers la quête de la libération de l’art. Cette nouvelle philosophie de vie propose un regard transcendant sur le naturel et le banal capable de sublimer nos existences. Une aura majestueuse nimbée d’étincelantes pépites s’exhale de ses œuvres et permet d’appréhender la souveraineté royale que l’artiste aspire à ressentir en créant.

 

Traverser des rêves

Pour approcher la substantifique moëlle de Bing, il faut se souvenir qu’il a d’abord été un petit garçon, Emmanuel, qui se voyait comme un roi. L’artiste est en effet celui qui s’autorise à demeurer cet enfant au pouvoir créateur tout puissant. Par ses songes candides, l’enfant sait rêver mieux que personne ; Bing a gardé les songes, la candeur en moins.

Allaité au sein de la psychanalyse, bercé par le doux crissement du stylo sur la feuille blanche, Bing est cet extraordinaire guide qui sublime ses songes grandioses par l’incarnation. En les mettant généreusement au monde sous formes d’œuvres, il partage avec nous l’émerveillement précoce qui sous-tend son existence toute entière.

Relier par la Beauté

Confrontés à l’œuvre de Bing, la reliance est la plus forte émotion éprouvée. À travers ses œuvres aussi intemporelles qu’universelles, Bing est comme l’Éros, à la source d’un acte de communion humain qui va de l’inclination au mystère, puis à l’élévation à la paix et à la fraternité.

Le travail artistique modèle l’homme et engage à ce qui existe, fait chanter la matière.

L’auteur réclame un point de vue contemplatif, un idéal de paix intérieure – base de l’harmonie entre les vivants.

Se détacher de l’Ego et de ses illusions et combattre les quatre démons que sont la colère, la vanité, la peur, l’ignorance.

 

S’élever vers des cimes criblées de lumière

L’élan vital qui traverse l’œuvre de Bing, le lien social qui la promeut et les circonvolutions qu’elle engendre prend la forme d’ une épopée intérieure, invite au voyage. De résonance en résonance, d’association en association, il crée une trame transversale, oblique, en deçà de l’intrigue qu’il développe. Une trame propice à l’inconscient et au mythe qu’il sous-tend.

Ainsi, il promeut une vision tour à tour drôle et tragique, singulière et collective, actuelle et inactuelle : une pure folie, un scandale pour la raison, un art du vertige. Sinon le contraire : une légende, un conte, la promesse d’une paix à venir.

Il nous place face à un récit sensé, ponctué de références ésotériques, presque romanesques, qui se déverse ailleurs, se déplace le long d’autres frontières presque imperceptibles.

 

En marche vers la sérénité

Faire de sa vie un poème et de ce poème une mosaïque littéraire, picturale et sonore née d’un songe, n’est ce pas là l’ambition ultime de Bing ? Tracer un maillon, une tentative, une esquisse d’engagement pour la vie, désigner la voie royale, la pierre du chemin, apportée pour que d’autres y ajoutent et montent le cairn qui indiquera la direction ?

 

Puisez dans son labyrinthe le trésor qui vous appellera et vous pénétrera totalement afin de régénérer tout votre être et votre rapport à vous même, aux autres et au monde ; laissez-vous emporter par la déferlante, enivrer par une saine émotion, celle de vous souvenir d’où vous venez et de découvrir vers où vous cheminez, libéré(e) des stéréotypes et de l’insupportable chaîne des faux devoirs. Soyez bercé(e) par la douceur si violente de cet univers superficiel par profondeur et réciproquement. Hymne à la vie et à la communauté humaine dans laquelle il a davantage foi qu’en Dieu, l’œuvre de Bing dresse un piédestal au désir, au repos et à l’espoir. Par son parti pris de se concentrer sur l’essentiel, de faire de la simplicité une ligne de conduite éthique autant que de ses audaces des envolées lyriques pleines de panache fou, il est le révélateur de nos envies et l’apaisement de nos douleurs et haines stériles.

 

© Emmanuel Bing / © Adagp, Paris